Sunday, January 25, 2026

Rompre le cercle vicieux d’une aide étrangère favorisant la corruption

Department of State United States of America

Traduction fournie par le département d'État des États-Unis à titre gracieux



Département d'État des États-Unis
Michael C. Gonzales, haut diplomate du Service extérieur et ambassadeur des États-Unis en Zambie
Le 21 janvier 2026
Post publié sur Substack

Aléa moral : Situation dans laquelle une partie prend davantage de risques parce qu'elle sait que les conséquences négatives de ses actes seront assumées par un tiers.

Les centaines de milliards de dollars d'aide extérieure américaine versés au fil des ans ont, certes, considérablement amélioré la vie et les moyens de subsistance de nombreuses personnes dans le monde, mais l'approche des États-Unis en matière d'aide a trop souvent laissé les intérêts américains au point mort ; elle n'est pas parvenue à promouvoir un développement systématique ; et elle a favorisé et perpétué la dépendance et la corruption de la part des dirigeants des pays bénéficiaires. Depuis 1991, les États-Unis ont fourni plus de 200 milliards de dollars d'aide extérieure à l'Afrique ; pourtant, l'Union africaine rapporte que les pays africains perdent environ 88 milliards de dollars chaque année à cause de l'évasion fiscale, du blanchiment d'argent et de la corruption. Trop souvent, ce qu'il faut pour favoriser la croissance économique et le développement n'est pas un apport financier supplémentaire, mais des réformes judicieuses qui encouragent l'investissement privé durable et la croissance.

Au lieu d'exiger des engagements réciproques quant à l'utilisation de l'assistance américaine pour s'attaquer aux causes de la pauvreté et du sous-développement, nous avons trop souvent financé des actions visant à en atténuer les symptômes. Ce faisant, nous ne répondions pas aux attentes du contribuable américain ni à celles des citoyens des pays en développement qui comptaient sur leur gouvernement et sur le nôtre pour créer les conditions nécessaires à la réalisation d'un avenir meilleur.

Pendant des dizaines d'années, les États-Unis n'ont pas eu de politique cohérente, ne serait-ce que pour décider si l'assistance relevait de la charité ou si elle était un instrument de politique étrangère. Nous n'exigions ni partenaire engagé, ni plan opérationnel cohérent, ni mise de fonds propres exposée au risque, ni financements conditionnés à des financements fondés sur la performance. Nous infantilisions les gouvernements bénéficiaires au lieu d'avoir des discussions franches sur des attentes mutuelles de performance. Trop souvent, notre approche à l'égard des pays en développement — fréquemment confortée par les prétextes avancés par ces mêmes gouvernements — reflétait une forme de paternalisme indulgent fondé sur de faibles exigences. Nous justifiions l'absence de volonté politique en invoquant des « contraintes de capacité » ; nous la balayions d'un revers de main en affirmant qu'il ne « fallait pas trop en attendre » ; et nous ne remettions pas en question les gouvernements lorsqu'ils agissaient à l'opposé de leurs engagements déclarés.

Trop souvent, nous nous sommes contentés de prendre les engagements des gouvernements pour des actions concrètes. Nous avons interprété, à tort, notre accès aux dirigeants comme une véritable influence sur ces derniers. Nous avons confondu les réalisations des projets d'aide avec des résultats, et les objectifs des programmes avec des effets concrets. Nous avons considéré la permission accordée par les gouvernements de dépenser l'aide comme la preuve d'un engagement commun envers les objectifs affichés. Peut-être plus grave encore, nous n'avons pas réagi lorsque les dirigeants des pays bénéficiaires de l'aide démontraient, encore et encore, au travers de leurs actions, qu'ils plaçaient leurs intérêts personnels au-dessus, et au détriment, de ceux de leur propre pays et de leurs concitoyens. Nous n'avons pratiquement jamais suspendu les fonds d'assistance lorsque les gouvernements hôtes ne respectaient pas leurs engagements ; au contraire, nous avons répondu en fournissant encore plus d'aide « parce qu'ils ont des besoins ». En cherchant à protéger les populations des conséquences de la mauvaise gouvernance et de la corruption de leurs dirigeants, nous avons contribué à perpétuer cette même corruption et cette mauvaise gouvernance.

Nous avons tout simplement violé le principe central du développement international : le donateur ne doit pas vouloir le développement plus que le bénéficiaire. Ce faisant, nous avons alimenté un aléa moral. De la pure avidité révélée par le scandale « Cashgate » au Malawi sous Joyce Banda aux kleptocraties systématiques du Bangladesh ou du Soudan du Sud, en comblant les besoins sanitaires et sociaux créés à tort et à travers par la mauvaise gouvernance, nous avons permis et financé la corruption gouvernementale. Dans les cas les plus graves, comme les abus prédateurs commis par Ibrahim Keïta ou Alpha Condé en Guinée contre leurs populations, la corruption et l'incapacité à fournir des services publics de base ont conduit à des coups d'État militaires et à des incursions par des organisations terroristes.

L'aide extérieure américaine n'est pas un acte de charité, mais un outil destiné à promouvoir la diplomatie, la sécurité et la prospérité des États-Unis. Pour atteindre ces objectifs, nous devons cibler notre aide et veiller à l'administrer avec l'adhésion des gouvernements bénéficiaires et l'assurance d'un suivi mutuel des résultats. Cela favorisera, en retour, une croissance pilotée par le marché, tout en restreignant les mécanismes par lesquels des acteurs internationaux malveillants profitent des économies et des travailleurs des pays en développement. Nous ne devons pas nous laisser décourager par les critiques qui tenteront de diaboliser cette approche plus transactionnelle en la qualifiant de « néocolonialisme ». C'est tout le contraire qui est vrai. Le fait d'exiger des réformes systématiques, qui suscitent une croissance transparente et justifiable, et qui permettent aux gouvernements de garder des fonds pour subvenir aux besoins de leur population, donne aux États-Unis la possibilité d'optimiser leurs efforts pour catalyser un réel développement économique ainsi que l'amélioration de la situation dans les sociétés des pays en développement – tout en faisant progresser les intérêts tangibles des États-Unis – et de le faire mieux qu'au cours des dernières décennies. C'est l'ancien modèle de développement, axé sur la dépendance et piloté par les ONG, qui est fondamentalement colonial dans son esprit, de par son refus de respecter la souveraineté, le déterminisme ou l'autodétermination des pays en développement.

La mise en œuvre opérationnelle de cette approche passe par l'adoption d'objectifs, d'exigences et de mécanismes d'incitation orientés vers l'investissement :

  • Un pays hôte sérieux. Le secrétaire d'État Rubio a été clair : « Les Américains ne devraient pas financer des gouvernements défaillants dans des pays lointains (…) Nous privilégierons les pays qui ont démontré à la fois la capacité et la volonté de se prendre en charge. » Si un gouvernement ne prend pas déjà des mesures pour endiguer la corruption et développer l'économie lorsque ses propres fonds sont en jeu, nous ne devrions pas nous attendre à ce qu'il soit un meilleur gestionnaire des fonds américains. Si un gouvernement hôte n'est pas aligné sur nos objectifs, nous devons concentrer nos ressources ailleurs.
  • Les priorités adéquates. Notre objectif n'est pas de distribuer gratuitement des fonds, mais de catalyser des réformes systémiques, qui débouchent sur une croissance durable et sur la création d'opportunités tant pour les États-Unis que pour le pays bénéficiaire. Ce ne sont ni les gouvernements ni les donateurs qui créent la croissance ; au lieu de cela, notre rôle consiste à favoriser les conditions qui permettent au secteur privé d'investir, de créer des emplois, de stimuler la croissance et de payer des impôts pour financer les services publics. Par conséquent, l'aide extérieure américaine doit se concentrer sur la lutte contre la corruption et sur la résolution des obstacles majeurs à la croissance, de manière à jeter les bases d'un environnement d'affaires favorable aux entreprises, qui garantisse des conditions de concurrence équitables et qui soit tenu de rendre des comptes.
  • La confiance dans le plan d'affaires. La plupart des pays en développement disposent de plans nationaux de développement, mais il s'agit trop souvent d'œuvres de pure fiction, sans ressources ni priorités, et les gouvernements exigent rarement des comptes sur leur mise en œuvre effective. Ce que le président Trump a expliqué en définissant clairement les intérêts nationaux de l'Amérique dans la Stratégie de sécurité nationale de cette année vaut tout autant pour les pays en développement : quand tout est censé être une priorité, rien ne peut vraiment l'être. Nous devrions aider les gouvernements hôtes sincères à élaborer des stratégies ciblées et réalistes, basées sur des secteurs clés et visant des contraintes majeures, et fondées sur des analyses franches et incluant des tactiques spécifiques et adaptées.
  • Assumer une part du risque. Si un pays ne mobilise pas ses propres ressources pour soutenir un effort, c'est qu'il ne s'agit pas vraiment d'une priorité, que ses dirigeants ne sont pas vraiment sérieux ou qu'ils n'ont pas confiance dans leur plan. Peu d'investisseurs se lanceraient dans un projet où le propriétaire n'a pas déposé de garantie ou s'il n'a pas mis en jeu ses propres capitaux. Pourquoi l'aide extérieure n'exigerait-elle pas la même chose ? À cet égard, la Millennium Challenge Corporation (MCC) a mis en évidence deux bonnes pratiques clés qui permettent d'assurer l'adhésion des parties prenantes. La première consiste à exiger un cofinancement par le gouvernement hôte. La seconde concerne les conditions préalables : des mesures de réforme tangibles qu'un gouvernement hôte prend avant même le début du financement afin de garantir le succès du projet.
  • Les ressources adéquates. Encore une fois, notre but n'est pas de distribuer gratuitement de l'aide, et l'histoire tant de la corruption que de l'aide a montré que ce n'est pas l'argent qui manque le plus pour stimuler le développement. Ainsi, sur la base d'une analyse des contraintes majeures à la croissance et d'un plan d'affaires jugé crédible, il appartient aux États-Unis et au gouvernement bénéficiaire de concevoir un dispositif sur mesure d'assistance technique afin de soutenir et de faciliter les réformes requises. Cette approche ne doit pas consister à laisser se développer des initiatives tous azimuts, et elle ne doit pas être construite autour de la question : « Comment pouvons-nous aider ? ». Nous devons d'abord nous demander : « Quels résultats voulons-nous obtenir dans l'intérêt de l'Amérique et que doit-il se produire pour les réaliser ? », puis bâtir un programme d'aide autour de cela.
  • Établir un contrat. À la différence des accords d'objectif de développement (DOAG) de l'USAID, qui contraignaient les États-Unis à financer des secteurs déterminés mais qui comportaient rarement des exigences de performance pour les gouvernements partenaires, le modèle de la MCC constitue, là encore, une pratique exemplaire. Un contrat où sont détaillés explicitement par les deux gouvernements leurs objectifs et leurs engagements communs  — généralement ratifié par le corps législatif pour avoir force de loi — permet de réduire l'incertitude et d'améliorer le système de justification de l'action menée, du fait que les obligations contraignantes des deux parties y sont inscrites.
  • Un financement basé sur la performance. Trop souvent, une fois les projets de développement approuvés, l'attention des donateurs se tournait vers la mise en œuvre interne, l'obtention de résultats immédiats et le maintien des flux financiers, même si les gouvernements bénéficiaires les compromettaient activement. Progressivement, les agences de financement sont passées à des paiements basés sur la performance. En exigeant d'un gouvernement hôte qu'il démontre — par ses actions, pas seulement par son discours — qu'il reste politiquement et financièrement déterminé à atteindre les objectifs affichés, nous renforçons l'impact de l'aide américaine.

Sous la direction du président Trump et du secrétaire Rubio, nous avons l'occasion et le courage de reconnaître nos erreurs, d'assumer pleinement les sincères enseignements tirés, et de faire mieux. La générosité des États-Unis à l'égard de ceux qui prennent leur destin en main demeure intacte. Nous ne nous détournons pas des pays les moins développés ; au contraire, le moment est venu de prendre des initiatives et d'apporter une aide utile à ceux qui agissent de bonne foi, et de les traiter comme des partenaires responsables. Dans nos relations avec des pays sincères et appréciés, rien ne doit être imposé, dissimulé, présenté sous forme d'ultimatums ou se faire au détriment du partenaire ; nous ne sommes pas la Chine. Une aide extérieure porteuse de résultats pour le peuple américain et pour nos partenaires doit reposer sur un engagement sincère, volontaire et transparent. Mais elle doit également s'appuyer sur des actions concrètes et, si un pays bénéficiaire démontre par ses actes qu'il n'est pas attaché à nos objectifs communs déclarés, notre loyauté première doit aller au peuple américain, dont nous devons gérer les ressources avec intégrité.

Ayant consacré ma vie et ma carrière à l'Afrique et au monde en développement, je suis profondément convaincu du potentiel considérable de ces pays, et j'ai pu constater que les États-Unis peuvent contribuer à faire de ce potentiel une réalité qui profite à toutes les parties. En réformant notre approche de l'aide extérieure et en nouant des relations avec les pays en développement en fonction de nos intérêts nationaux, nous pouvons contribuer à endiguer la corruption qui prive les familles de l'espoir d'un avenir meilleur. Nous pouvons promouvoir, aux côtés des pays bénéficiaires, une croissance durable et systématique. Et nous pouvons produire des résultats palpables pour le peuple américain en bâtissant un monde plus sûr et plus prospère.

Michael C. Gonzales est ambassadeur des États-Unis auprès de la République de Zambie et représentant spécial des États-Unis auprès du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA). Tout au long de sa carrière, il a occupé des postes de haut rang en Afrique et en Asie.


Voir le contenu d'origine : https://statedept.substack.com/p/breaking-the-cycle-of-foreign-assistance
Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

 


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